BRUXELLES, le 25 février (BIPMedia)
Combler le besoin urgent d‘énergie et d’infrastructures dans plusieurs secteurs du Libéria et attirer d’avantage les investisseurs européens, telle est l’idée centrale du forum d‘affaires Libéria-Union européenne qui se tient à Bruxelles les 24 et 25 février 2026. Dans une interview accordée conjointement à l’Agence Europe, et à Brussels Information Press, Nona Deprez, Ambassadeur de l’UE auprès de la République du Libéria, souligne l’importance de ce premier portail commercial Liberia-UE, afin de lancer les grands chantiers dont a besoin le Libéria pour son développement et la lutte contre la pauvreté.
Entamé le 24 février à Bruxelles, capitale de la Belgique et siège des institutions européennes, le Forum réuni des investisseurs, des hommes d’affaires, des chefs d’entreprises, les décideurs politique, les partenaires de développement, mais aussi la diaspora libérienne en Europe, afin d’établir un pont et présenter les atouts du Libéria, et les opportunités d’affaires pour les investisseurs européens et autres partenaires. Ce forum est avant tout dédié à l’investissement au Libéria, afin d’accroître la coopération commerciale entre l ‘UE et le Libéria.
Dévasté par la longue guerre civile de 1989 à 2003 qui a détruit la plupart de infrastructures routières, énergétiques, économiques et sociales, le port de Buchanan,…, une guerre qui a paralysé le commerce extérieur, le Libéria est depuis des années un pays en reconstruction, a indiqué Mme Deprez. La Centrale hydroélectrique le Mount Coffee, la principale source nationale qui fournit 70% d’électricité à la population avec 88 MW, par exemple, avait subi des dégâts considérables lors de la guerre civile de 1990, a été remise en service en 2016, souligne Mme Deprez.
Plusieurs autres situations socio-économiques difficiles ont plombé la phase de reconstruction active du Libéria. C’est notamment, l’allègement de la dette du pays sous la présidence d’ d’Ellen Johnson Sirleaf (2006-2018), la maladie à virus Ebola (2014-2016), ou encore le Covid-19 (2020-2022), a relevé Mme Deprez .
« Aujourd’hui, le Libéria a toujours un besoin urgent d’énergie, d’infrastructures routières, d’eau et d’égouts, …. Le Libéria est très pauvre. Notre population connaît une croissance démographique très rapide. C’est un pays démocratique stable, ce qui est très important », a déclaré l’ambassadeur de l’UE au Libéria, tout en indiquant que le régime du Président Joseph Boakaï s’efforce réellement d’améliorer l’environnement des affaires en termes de transparence, de responsabilité et d’ État de droit.
Le chantier de l’infrastructure est un défi majeur que le Libéria se doit de relever, et Mme Deprez a égrainé quelques secteurs de prédilection. « Les routes sont en très mauvais état. Pour l’instant, une partie du pays n’est pas accessible pendant la saison des pluies. Il y a des embouteillages au port de Monrovia. Il faut un certain temps avant que vos conteneurs soient déplacés, donc il devrait y avoir des investissements ».
Le Libéria fait également face aux défis structurels, du point de vue de production d’énergie, du manque de main-d’œuvre qualifiée à titre d’exemples. « Pour le moment, la production d’énergie de la compagnie d’électricité n’est pas suffisante. Vous devez construire vos propres générateurs ou apporter votre propre générateur, ce qui est bien sûr très coûteux. Le coût de l’énergie est très élevé » a-t-elle poursuivi.
Au regard des atouts que possède le Libéria en terme de richesses naturelles mais aussi de stabilité socio-politique, Mme Deprez a lancé un appel aux financiers européens à investir au Libéria, et à être des précurseurs dans tel ou tel domaine. Il y a encore beaucoup de potentiel à explorer, dit-elle. Une grande partie n’a pas encore été explorée, comme s’il n’y avait pas d’étude géologique pour moment au Liberia. Je voudrais donc encourager les entreprises européennes à venir, à réaliser une étude géologique, puis à tirer profit d’un partenariat équitable entre les richesses du Libéria et les capacités de l’Europe.
Mme Deprez a invité les investisseurs européens déjà présents au Libéria à partager leurs expériences. Un exemple concret vient de l’entreprise métallurgique belge ArcelorMittal. Cette entreprise recrute non seulement les Libériens pour faire le travail, mais elle les forme également. Elle va directement dans les écoles pour les repérer. ArcelorMittal possède sa propre école d’enseignement et de formation techniques et professionnels, pour s’assurer d’obtenir une main-d’œuvre qualifiée pour ses activités. Il en est de même de l’entreprise agricole libérienne qui produit du caoutchouc(Socfin), à titre d’exemples.
Au-delà des exemples précités, le Libéria a adopté une nouvelle approche de la coopération, qui privilégie les emplois locaux. Autrement dit, « chaque fois que le Libéria accorde une concession à une entreprise étrangère, elle doit s’assurer qu’elle recrute des Libériens pour faire le travail », a soutenu Mme Deprez.
L’UE soutient le Libéria dans sa marche vers le développement à travers plusieurs projets de coopération. « L’UE et les États membres de l’UE ont investi massivement dans l’EFTP (l’enseignement et la formation techniques et professionnels), indispensable pour former une main-d’œuvre qualifiée. Nous construisons des écoles dans chaque contrée. Nous formons des enseignants et fournissons également des équipements de pointe. L’automobile, la soudure, l’agriculture et la menuiserie sont également des domaines très demandés par l’industrie. Mais nous avons également investi dans les routes. L’UE combine, subvention avec des prêts de la Banque européenne d’investissement, et nous avons également fait partie des premiers investisseurs dans l’hydroélectricité, à Mount Coffee. Nous avons assuré la distribution d’électricité à Monrovia. Et nous procédons actuellement à l’électrification de trois villes dans le Sud-est du Libéria. Nous voulons faire plus, nous voulons investir davantage », a mentionné Mme Deprez .
Le Libéria a adopté un ensemble de mesures incitatives pour attirer les investisseurs étrangers. Tel est le cas de l’adoption récente par le gouvernement, d’une réglementation sur le partenariat public-privé, ce qui n’existait pas auparavant. Le gouvernement tente également d’améliorer le climat des affaires, avec des mesures fiscales favorable aux investisseurs étrangers. Toutefois, Mme Deprez pense que les investisseurs européens recherchent la prévisibilité à long terme. « Il faut veiller à ne pas changer les règles du jour au lendemain et à faire respecter les règles existantes. Il existe des inspections environnementales. Elles devraient inspecter toutes les entreprises, afin de s’assurer que tout le monde respecte les règles. La prévisibilité et la transparence des inspections sont vraiment importantes. Ce serait une bonne chose que le Libéria mette en place un guichet unique. Mais ce n’est pas le cas pour le moment ».
Les entreprises européennes recherchent des conditions équitables. Elles respectent toutes les règles et réglementations, mais elles attendent de toutes les entreprises qu’elles se conforment également. Ce qui est bon pour le Libéria car cela augmente les recettes nationales, qui peuvent ensuite être réinvesties au Libéria, a insisté Mme Deprez.
Le gouvernement du Libéria s’efforce également de mettre en place, un guichet unique pour les investisseurs. « Cela faciliterait grandement la création d’entreprises », ce qui n’est pas le cas pour le moment. Le gouvernement s’efforce également de numériser tous ces processus pour plus de transparence », poursuit Mme Deprez.
Lutter contre la corruption et l’amélioration de la bonne gouvernance, tels sont les autres défis auxquels le Libéra doit faire face. Pour Mme Deprez, l’UE mettra en place, un programme de soutien à la gestion des finances publiques dans le cadre duquel nous fournissons une assistance technique en matière de renforcement des capacités à toutes les institutions chargées de l’intégrité au Libéria. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec le vérificateur général, l’agence d’audit interne, la commission anti-corruption du Libéria, le ministère de la Justice, et le ministère des Finances et de la Planification du développement.
La sécurité des investissements n’était pas en reste. Le Libéria et l’UE travaillent ensemble sur la sécurité maritime. « Nous travaillons sur la sécurité maritime régionale. Dans le cadre de la CEDEAO(Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) et de l’architecture de Yaoundé (capitale politique du Cameroun), nous avons donc coordonné la présence maritime de nos États membres de l’UE avec des navires qui arrivent et font escale à Monrovia, mais qui effectuent également une surveillance en mer », a rassuré Mme Deprez.
Ce forum économique Liberia-EU Business Forum, un programme ambitieux, qui vise également au développement du secteur privé. L’organisation de ce Forum des grandes entreprises de tous les secteurs de la vie socio-économique apparaît comme un froment pour le partenaire UE-Libéria, où sont attendues de grandes décisions pour implémenter les grands projets gouvernementaux structurants.
Avec la « Banque européenne d’investissement présente lors de ce forum, la Commission européenne et la Banque européenne d’investissement ensemble, et avec espérons-le, des investisseurs privés, nous veillerons à ce que les investissements prioritaires du gouvernement soient pris en compte », a conclu Mme Deprez.